Située au sud du Mans, sur l’axe stratégique de la RN23 reliant Le Mans, préfecture de la Sarthe, à La Flèche, sous-préfecture, la commune de Cérans-Foulletourte traverse les années de la Seconde Guerre mondiale dans un secteur de passage important. Entre 1940 et 1944, la population vit sous l’Occupation allemande, marquée par les restrictions, les réquisitions et la présence militaire, notamment celles touchant le patrimoine local comme la statue de Pierre Belon. La commune est également un point actif de la Résistance, avec un réseau local structuré lié au réseau Buckmaster (réseau « Hercule »), participant aux actions clandestines jusqu’à la Libération de la Sarthe en 1944.
En 1942, la situation se durcit à Cérans-Foulletourte. Le renforcement des contrôles, les restrictions, les réquisitions et les arrestations rythment désormais la vie quotidienne. Cette période est marquée par une intensification de la répression et des persécutions menées sous l’Occupation allemande et le régime de Vichy. En Sarthe, des rafles de familles juives ont lieu, entraînant leur déportation vers les camps.
À Cérans-Foulletourte, la statue du naturaliste Pierre Belon, érigée en 1891, est déboulonnée et détruite en février 1942 sous l’Occupation allemande, ses matériaux étant réquisitionnés pour l’effort de guerre. Elle sera reconstruite et réinstallée en 1992.
En 1943, la pression allemande s’intensifie à Cérans-Foulletourte. Le Service du travail obligatoire (STO) est mis en place, entraînant le départ forcé de nombreux jeunes Sarthois vers l’Allemagne, tandis que les réquisitions et la répression s’accentuent. Dans ce contexte de tension croissante, la Résistance se structure et gagne en importance sur le territoire, malgré une surveillance toujours plus stricte de l’occupant. C'est les débuts du réseau local Hercule Buckmaster.
En 1940, le gouvernement de Winston Churchill crée le SOE (Special Operations Executive) pour soutenir la Résistance en Europe occupée. La section française, dirigée par le colonel Maurice Buckmaster, met en place plusieurs missions clandestines, à l’origine des réseaux dits « Buckmaster », actifs notamment en Sarthe. Ces réseaux avaient pour mission de collecter des renseignements, organiser des parachutages, réceptionner du matériel et mettre en place des filières d’évasion. Dans le sud de la Sarthe, le réseau « Pascal-Sacristan » joue un rôle majeur sous la direction du commandant Ernest Floege, avec plus de 60 agents engagés dans la clandestinité.
Installé à La Bouguelière, le réseau de Résistance Hercule Buckmaster fonctionne clandestinement pendant neuf mois dans le sud de la Sarthe. Il est brutalement démantelé à l’automne 1943 : les résistants Alfred et Renée Auduc sont arrêtés le 2 novembre puis déportés, suivis du reste du réseau arrêté à Cérans-Foulletourte le 11 novembre. Au total, 64 membres sont déportés, dont 9 femmes et plusieurs jeunes de moins de 20 ans, illustrant la dure répression de l’Occupation allemande. Depuis cette ferme, de nombreux messages codés étaient transmis vers Londres dans le cadre des opérations clandestines du SOE.
Pendant l’Occupation, l’abbé Julien Lelièvre, curé de Cérans-Foulletourte, transforme son presbytère en refuge pour résistants, réfractaires au STO et aviateurs alliés. En 1943, il participe aux actions du réseau Buckmaster aux côtés du radio « Hercule ». Arrêté le 11 novembre 1943, il est déporté à Buchenwald puis Dachau avant d’être libéré en 1945.