Située au sud-ouest du département de la Sarthe, Sablé-sur-Sarthe occupe, entre 1940 et 1944, une position stratégique. Traversée par la Sarthe et proche du département de la Mayenne, la ville se trouve sur un axe de circulation important reliant Laval, La Flèche et Tours, ainsi que sur un itinéraire secondaire vers Alençon par Sillé-le-Guillaume. Elle dispose également d’une gare majeure connectant l’ouest de la France à Paris, ce qui renforce son rôle de carrefour. À proximité d’Auvers-le-Hamon, Précigné et Vion, Sablé se distingue aussi par une singularité rare : elle est alors la seule commune de France administrée par un maire de couleur. Dès l’installation de l’Occupation allemande, les autorités mettent en place des mesures de contrôle et procèdent à des destitutions, tandis que, dans l’ombre, les premiers réseaux de Résistance commencent à s’organiser. Grâce à sa relative proximité avec Paris facilitée par le rail, la ville accueille de nombreux réfugiés et voit s’installer certaines entreprises déplacées. Cette période de bouleversements se prolonge jusqu’à la Libération.
En 1940, la commune de Sablé-sur-Sarthe entre brutalement dans la période de l’Occupation allemande. Rapidement installées, les autorités militaires de la Kommandantur prennent le contrôle de la vie locale et imposent de nouvelles règles administratives et politiques. Le maire en fonction, Raphaël Élizé, est destitué de ses fonctions par l’occupant en raison de sa couleur de peau, un fait révélateur des logiques discriminatoires mises en place par le régime nazi et ses représentants. Cette éviction marque un tournant important dans la vie politique sabolienne. Dès l’été 1940, la ville est pleinement placée sous contrôle allemand. Les premières mesures de réquisition, de surveillance et d’encadrement de la population sont mises en place. Dans ce contexte de contrainte et de tensions, les premiers réseaux de Résistance commencent à émerger, encore de manière diffuse, portés par des initiatives individuelles ou de petits groupes.
Raphaël Élizé, maire de Sablé-sur-Sarthe de 1929 à 1941, vétérinaire et élu SFIO, est mobilisé en 1939 avant d’être destitué par le régime de Vichy en 1941 pour des raisons discriminatoires. Engagé ensuite dans la Résistance, il est arrêté puis déporté et meurt en 1945 au camp de Buchenwald.
Xavier Hays, découvre très tôt l’Occupation allemande après juin 1940 et choisit de s’y opposer malgré son jeune âge. Trop jeune pour intégrer un réseau structuré, il agit avec un petit groupe de camarades en menant des actions de sabotage et en collectant des renseignements sur les troupes allemandes. Dénoncé, il est arrêté en septembre 1943 à moins de 18 ans, puis emprisonné au Mans et à Tours avant d’être déporté en Allemagne au camp d’Anrath.
En 1942, Sablé-sur-Sarthe est un lieu de passage et d’installation temporaire pour des familles cherchant à se mettre à l’abri des violences de la guerre. Mais cette année est aussi celle d’une intensification de la répression. Dans le cadre de la politique de persécution menée par le régime de Vichy et les autorités allemandes, plusieurs rafles sont organisées. Des familles juives réfugiées à Sablé-sur-Sarthe sont arrêtées, souvent avec l’aide des forces de police françaises, puis transférées vers des camps d’internement avant d’être déportées. Ces événements s’inscrivent dans la mise en œuvre de la politique antisémite et des déportations vers les camps nazis, qui touchent progressivement tout le territoire occupé.
Nisen Lejb Zylberszlak et son épouse Rywka Domaniewicz réfugiés à Sablé-sur-Sarthe en 1940, ils y vivent avec leurs deux enfants avant d’être déchus de leur nationalité en 1941. Arrêtés lors d’une rafle le 9 octobre 1942, ils sont internés puis déportés en 1943 vers Auschwitz par le convoi n°57, où toute la famille trouve la mort.
Betty Zylberszlak, jeune fille de 12 ans originaire de Valenciennes, s’installe avec sa famille à Sablé-sur-Sarthe en mai 1940 et est scolarisée au collège Gambetta. Déchue de la nationalité française en 1941, elle est arrêtée le 9 octobre 1942 lors d’une rafle avec ses parents et son frère. Internée à Mulsanne puis à Drancy, elle est déportée en juillet 1943 vers Auschwitz par le convoi n°57, où elle meurt à l’âge de 12 ans, avec son frère Claude âgé de 4 ans.
Marie Jarochwski marchande de lingerie et de dentelles, s’installe avec son fils Jacques à Sablé-sur-Sarthe en novembre 1940, au 36 rue Aristide Briand. Elle est arrêtée lors de la rafle du 9 octobre 1942. Internée à Mulsanne puis à Drancy, elle est déportée en novembre 1942 vers Auschwitz où elle meurt à l’âge de 54 ans, tandis que son fils Jacques est déporté en 1943 vers Sobibor et y meurt également.
À Sablé-sur-Sarthe, l’année 1943 marque une montée en puissance de la Résistance. Des habitants s’engagent plus activement dans des actions clandestines : collecte de renseignements sur les troupes allemandes, sabotages, liaisons avec des réseaux organisés, notamment ceux liés au Special Operations Executive (réseaux Buckmaster). Certains profitent de leur travail ou de leurs déplacements pour observer discrètement l’occupant et transmettre des informations utiles. Mais cette intensification des activités résistantes entraîne une réaction rapide des autorités allemandes. La Gestapo renforce sa surveillance, multiplie les enquêtes et s’appuie sur les dénonciations. À partir de la fin de l’été 1943, les arrestations se succèdent à Sablé-sur-Sarthe et dans ses environs, visant à démanteler les groupes clandestins. Plusieurs résistants sont arrêtés, emprisonnés puis déportés, portant un coup dur à l’organisation locale.
Engagé dans la Résistance en 1943 au sein du réseau Buckmaster, Raphaël Élizé mène des actions de renseignement avant d’être arrêté par la Gestapo en septembre 1943. Déporté à Buchenwald en 1944, il meurt en février 1945, victime du système concentrationnaire nazi.

En 1944, la situation à Sablé-sur-Sarthe se dégrade à mesure que l’Occupation allemande entre dans sa phase finale. Les arrestations de réfugiés juifs se poursuivent dans la ville, avec des traques actives menées par les autorités allemandes et la police du régime de Vichy. À partir de l’été 1944, face à l’avancée des troupes alliées après le Débarquement, les forces allemandes anticipent leur repli. Dans ce contexte de retraite, elles procèdent à des destructions d’infrastructures stratégiques afin de ralentir la progression ennemie, notamment en faisant sauter plusieurs ponts de la ville et des alentours. Malgré ces destructions et les derniers épisodes de tension, l’Occupation touche à sa fin. Sablé-sur-Sarthe est progressivement libérée à l’été 1944, marquant la fin de quatre années de guerre, de répression et de persécutions pour la population locale.
Jacques Harris Neuwirth, casquettier parisien, s’installe à Sablé-sur-Sarthe après l’arrestation de son père en 1943. Arrêté par la Feldgendarmerie en février 1944, il est interné à Drancy puis déporté vers Auschwitz par le convoi n°70 en mars 1944, où il meurt en mai 1944 à l’âge de 23 ans.
En août 1944, la rumeur de l’avance des forces alliées se répand et gagne Sablé-sur-Sarthe, où la tension devient maximale. Le 7 août 1944 marque un tournant décisif : les forces allemandes font sauter elles-mêmes les principaux ouvrages, dont le pont de la Grande-Rue, afin de freiner l’avancée alliée. La ville est alors coupée en deux.