Au-delà des événements propres à chaque commune, la préfecture du Mans a joué un rôle central dans l’organisation du département durant l’Occupation. Cette rubrique rassemble des documents, témoignages, décisions administratives et faits marquants qui éclairent la vie départementale entre 1940 et 1944. Elle permet de mieux comprendre comment l’autorité préfectorale, les services de l’État et les forces d’occupation ont influencé le quotidien de l’ensemble des habitants de la Sarthe.
L’année 1940 marque une rupture brutale pour le département de la Sarthe. Au moment de l’exode, un afflux important de réfugiés traverse les routes sarthoises et encombre les gares, fuyant l’avancée de l’armée allemande. Après la défaite, l’Occupation se met rapidement en place. Au Mans, la Feldkommandantur (la FK 755), s’installe notamment à la Bourse du commerce, symbolisant la présence militaire et administrative allemande au cœur de la ville. L’administration française s’adapte à cette nouvelle situation : un nouveau préfet, Dissard, remplace le préfet George, tandis que les services de l’État organisent la vie quotidienne sous contrôle. La préfecture intervient par exemple pour fixer les prix du lait et du beurre afin de limiter les dérives du marché noir. Parallèlement, les premières mesures de contrôle apparaissent, comme la délivrance d’ausweis, indispensables pour circuler. Sur le plan politique, des figures locales comme Joseph Caillaux, sénateur et ancien ministre, votent les pleins pouvoirs à Pétain, marquant l’adhésion d’une partie des élites au nouveau régime (lire l'article). Enfin, la vie religieuse reste structurée autour de Monseigneur Grente, évêque du Mans, qui conserve une influence importante dans un contexte de profond bouleversement.
En mai 1940, 7 937 réfugiés fuient le Nord et l’Est vers la Sarthe. Centres d’accueil et hôpitaux prennent en charge les plus vulnérables, notamment au Mans et alentours.
Préfet de la Sarthe de mars 1938 à décembre 1940, ancien de l’Indre, il quitte le département pour prendre ses fonctions dans le Finistère.
De 1940 à 1944, la Feldkommandantur 755 à la Bourse du Commerce juge et réprime, prononçant 26 condamnations à mort, dont René Lecointre, et sévissant contre résistants et civils.
Le 10 juillet 1940, le sénateur Joseph Caillaux, de la Sarthe, vote les pleins pouvoirs à Pétain, mettant fin à la IIIᵉ République et instaurant le régime de Vichy.

Georges Grente, évêque du Mans, a su allier prudence, charité et vigilance morale pour protéger Juifs et soutenir son diocèse pendant l’Occupation.
Le 16 juin 1940, la Préfecture de la Sarthe organise sécurité et ravitaillement au Mans, mobilisant policiers, notables et commerçants, pour soutenir la population malgré l’avancée allemande.
Le 10 juillet 1940, l’Assemblée vote les pleins pouvoirs à Pétain. François Saudubray dit OUI, mettant fin à la Troisième République et instaurant le régime de Vichy.

10 Juillet 1940 : quand les élus sarthois votent les pleins pouvoirs à Pétain
En juillet 1940, le prix du lait et du beurre est plafonné en Sarthe afin de protéger les familles face aux pénuries et au marché noir.
Jean-Baptiste-Victor Dissard, préfet de la Sarthe (1940-1941), applique les lois de Vichy, supervise le recensement des Juifs et collabore avec l’occupant allemand.
Cette fiche présente l’Ausweis pour véhicules en Sarthe sous l’Occupation allemande (1940‑1944). Ce laissez-passer obligatoire permettait de circuler légalement, de prouver son identité et servait également à surveiller la population.
Au Mans, la GFP puis la Gestapo traquent Juifs et opposants. En uniformes ou en civils, leurs sièges changent, mais la répression reste.
Compte rendu historique de l'inspection du général Streccius au Mans en août 1940. Analyse de sa réunion stratégique à la FK 755 : réquisitions des usines Renault, mise au travail forcé de 12 000 prisonniers pour les moissons. Suivez ce lien pour lire le rapport complet.
En 1941, l’organisation du département s’inscrit pleinement dans la logique du régime de Vichy. Le préfet Dissard est remplacé par le préfet Picot, considéré comme un administrateur fidèle aux orientations du maréchal Pétain. Ce changement marque une volonté de renforcer l’application des politiques du régime à l’échelle locale. L’année est également marquée par la visite officielle de l’amiral Darlan, figure importante du gouvernement de Vichy. Ce déplacement en Sarthe illustre l’attention portée par le pouvoir central aux territoires et participe à la mise en scène de l’autorité du régime. Dans ce contexte, l’encadrement administratif se renforce progressivement, avec une présence accrue de l’État dans la vie quotidienne des habitants, dans un climat d’occupation qui s’installe durablement.
L’année 1942 marque un durcissement de l’Occupation dans le département de la Sarthe. Le commandement de la Feldkommandantur 755 change, avec l’arrivée de Heinrich Berendes, nouveau représentant de l’autorité allemande, chargé de renforcer le contrôle sur le territoire. Cette période est également marquée par une volonté accrue de maîtriser l’information. La mise en place de la Propagandastaffel entraîne un contrôle étroit de la presse sarthoise. Les journaux sont surveillés, censurés et utilisés comme des instruments de propagande au service de l’occupant. À travers ces mesures, les autorités allemandes cherchent à encadrer plus strictement la population, en contrôlant à la fois l’administration locale et les moyens d’information, dans un contexte de guerre qui s’intensifie.
En 1943, la situation se tend dans le département de la Sarthe, marqué par un renforcement de la collaboration avec les autorités allemandes. Le préfet Picot lance un appel à la « sagesse », invitant les habitants à dénoncer les opposants au régime. Cette démarche illustre le rôle actif de l’administration française dans le maintien de l’ordre voulu par Vichy et l’occupant. Au cours de l’année, un changement intervient à la tête de la préfecture : Picot est remplacé par le préfet Porte. Sous son autorité, les politiques de persécution se poursuivent et s’accentuent, notamment avec l’application des lois antisémites. Ces mesures facilitent les arrestations et les déportations de populations juives dans le département, inscrivant la Sarthe dans la politique répressive menée à l’échelle nationale. L’année 1943 apparaît ainsi comme un moment de durcissement, où la collaboration administrative contribue directement aux persécutions.
L’année 1944 marque un tournant décisif pour la Sarthe avec la Libération du département. Après plusieurs années d’Occupation, la fin de la présence allemande met un terme au contrôle exercé sur les communes sarthoises . Les changements sont rapides. Dès le lendemain de la Libération, le journal La Sarthe, considéré comme collaborationniste, est remplacé par Le Maine Libre, symbole du retour à une presse libérée de la censure et de la propagande. Sur le plan administratif, le préfet Porte est révoqué et placé en résidence surveillée à l’abbaye de Solesmes. Il est remplacé par Jean-Louis Costa, nommé préfet de la Libération, chargé de rétablir l’autorité républicaine et de remettre en place les institutions dans un contexte encore fragile. Cette période ouvre une nouvelle phase pour le département, entre retour à la légalité républicaine, épuration et reconstruction après les années d’Occupation.
À la Libération du Mans, Jean-Louis Costa, préfet de la Libération, rétablit l’ordre, organise l’épuration et relance les services publics, guidant la Sarthe vers la paix après l’Occupation.