Cette page présente les événements de la ville du Mans entre 1940 et 1944, pendant l’Occupation allemande. Première ville du département de la Sarthe et centre administratif important, Le Mans occupe une position centrale sur l’axe reliant Paris à Nantes. C’est également un nœud ferroviaire majeur, ce qui en fait un point stratégique pour les déplacements militaires et les communications. La ville est traversée par la Sarthe (rivière) et dispose de nombreux ponts, qui structurent les déplacements et constituent des points sensibles sur le plan militaire pendant la guerre. Durant cette période, Le Mans compte environ 140 000 habitants, un chiffre inférieur à celui de l'avant-guerre (1936), en raison de l'exode, des absences forcées et des persécutions. La ville est marquée par la vie quotidienne sous l’Occupation, les pénuries, la présence militaire allemande, mais aussi par l’action de la Résistance et les conséquences des bombardements alliés en 1944.
En juin 1940, la situation bascule rapidement pour Le Mans. Les troupes britanniques quittent la ville au moment de la débâcle française, et les forces allemandes y entrent le 18 juin. Peu après, la 7e armée allemande s’installe dans la ville et organise la prise de contrôle du territoire. Dès les premières semaines de l’Occupation, la répression est mise en place. Des Sarthois sont arrêtés et les premiers fusillés pour des actes de sabotage apparaissent, marquant fortement les esprits. Dans ce contexte de tension, certaines familles commencent à entrer en résistance, comme la famille Hilleret, qui s’engage dès 1940 dans des actions clandestines. La vie quotidienne est profondément bouleversée : réquisitions de logements et de véhicules, mise en place du rationnement, présence militaire constante et apparition de panneaux en allemand dans toute la ville. De nouvelles règles de vie sont imposées à la population, avec notamment l’interdiction de photographier certains lieux et installations. Le Mans entre ainsi rapidement dans une phase d’Occupation stricte.
En 1940, Le Mans a accueilli des soldats britanniques lors de la bataille de France. La ville a servi de point de regroupement avant leur évacuation vers l’Angleterre ou d’autres zones alliées. La présence britannique est attestée par le camp de Mulsanne et des photographies de l’époque.
Le 18 juin 1940, les premiers convois allemands arrivent place de la Croix-d’Or au Mans. En quelques heures, sentinelles et contrôles sont installés sur tous les accès de la ville.
Au Mans, le Soldatenheim (ancienne brasserie Grüber, place de la République) servait de foyer aux soldats de la Wehrmacht, offrant détente, spectacles, jeux et boissons durant l’Occupation.
Pendant l’Occupation, les maisons closes de la rue des Pans de Gorron au Mans continuent de fonctionner, parfois en lien avec l’occupant, jusqu’à leur fermeture définitive en 1946.
Le Mans, occupé dès juin 1940, devient point stratégique allemand : quartier général de la 7ᵉ Armée et ville de garnison mêlant vie civile et militaire.
La famille Hilleret, enseignants et résistants, soutient activement la Résistance en Sarthe : abris, faux-papiers, journaux clandestins. Quatre fils participent courageusement, certains tombent ou sont décorés pour leur engagement.
En 1940, le château de Méhoncourt est occupé par les Allemands. Après 1945, l’OSE y accueille 72 enfants juifs survivants, jusqu’à sa fermeture en 1954.
La place de la République au Mans, cœur de l’occupation allemande dès 1940, devient théâtre militaire et symbole de pouvoir, entre cinémas, tribunaux et parades militaires.
Photographie de l'avenue Jean Jaurès sous l'Occupation
Le 7 décembre 1940, René Lecointre, 19 ans, est fusillé par les Allemands, premier résistant sarthois exécuté pour avoir entravé le passage des véhicules ennemis.
En 1941, Le Mans se trouve toujours sous occupation allemande, dans un contexte de contrôle renforcé du territoire et de la population. Les autorités allemandes mettent en place des opérations de recensement et de surveillance du patrimoine local, visant notamment des monuments majeurs comme la cathédrale Cathédrale Saint-Julien du Mans. Sur le plan administratif, la ville connaît un changement important : le maire Henri Lefeuvre est révoqué par le régime de Vichy, dans le cadre de la mise sous tutelle des municipalités. Il est remplacé par Eugène Chamolle, nommé par les autorités de l’État français dirigé par le maréchal Pétain. Dans le même temps, Le Mans conserve une importance stratégique, notamment grâce à ses infrastructures ferroviaires. La gare de triage devient un lieu sensible où apparaissent des actes de sabotage et des actions de résistance. Ces initiatives entraînent des mesures de surveillance renforcées et des sanctions à l’encontre de certains ouvriers suspectés. Parallèlement, le régime de Vichy développe une propagande active visant à encadrer la population. Des événements sportifs sont organisés et utilisés à des fins politiques, comme la course de marche Paris–Angers, présentée comme un symbole de discipline et d’unité nationale. Ainsi, l’année 1941 au Mans est marquée par un double contrôle allemand et vichyste, entre encadrement administratif, surveillance accrue, premières actions de résistance et utilisation de la propagande pour maintenir l’ordre.
Deux dignitaires allemands photographiés dans la cathédrale du Mans en 1941, symbole de l’Occupation et de sa mise en scène officielle.
Cheminot et résistant FTPF, Raymond Buon sabote les transports allemands au Mans en 1941, il sera arrêté et déporté.
La Paris–Angers : en pleine Occupation, une marche de 304 km entre propagande et exploit sportif, remportée par Florimont Cornet sous les acclamations des Manceaux.
En 1941, un arrêté de Vichy écarte des ouvriers de leurs postes, illustrant le contrôle administratif et social exercé sous l’Occupation.
Eugène Chamolle devient maire le 10 février 1941 après la révocation d’Henri Lefeuvre par le régime de Vichy. Nommé et non élu, il incarne la mise sous contrôle des municipalités françaises par l’État dirigé par le maréchal Pétain. Lors de l’installation du conseil municipal en mai 1941, Eugène Chamolle affirme : « n’ayant pas été élu par la population, je n’ai pas de compte à lui rendre », une déclaration révélatrice du recul de la démocratie locale pendant l’Occupation.
En 1942, la situation se durcit fortement au Mans, marquant un tournant dans l’Occupation. La Gestapo s’installe au 92 rue des Fontaines. Ce lieu devient rapidement un centre de répression, où sont menés interrogatoires, violences et actes de torture contre les personnes soupçonnées de résistance. La prison du Vert-Galant est directement associée à cette activité. Elle sert de lieu de détention pour les personnes arrêtées, devenant une véritable antichambre de la répression nazie avant les transferts vers d’autres centres d’internement ou de déportation. Parallèlement, la 7e armée allemande renforce sa présence dans la ville, renforçant l’importance stratégique du Mans sous le commandement du général Friedrich Dollmann. Cette année marque également le début des rafles de réfugiés juifs dans la ville. Arrêtés lors d’opérations coordonnées, ils sont ensuite transférés vers le camps de Mulsanne (lire l'article), dans le cadre de la politique de persécution menée en France occupée.
Caché au Mans, le blockhaus AOK7 fut le QG allemand du Général Dollmann.
Pierre Belon, naturaliste sarthois du XVIᵉ siècle, explorateur et auteur de grands ouvrages, honoré par une statue détruite pendant l’Occupation allemande en 1942.
Arrêtées au Mans en 1942, Cécile Gros et Justine Lévy sont déportées à Auschwitz. Leur destin incarne la persécution des Juifs sarthois.
La prison du Vert-Galant au Mans devient, dès 1942, un centre de détention pour Juifs, résistants et otages, symbole de la répression nazie en Sarthe.
En 1943, la situation évolue au Mans avec le développement des actions de résistance face à l’Occupation. Les réseaux clandestins s’organisent et gagnent en efficacité, multipliant les actions contre l’occupant. Des attentats et des sabotages sont menés dans la ville, visant notamment des installations ou des intérêts allemands. Ces actions témoignent d’une résistance de plus en plus structurée, mais elles entraînent aussi une surveillance accrue et une répression renforcée de la part des autorités allemandes. Parallèlement, des habitants du Mans s’engagent dans des actions de solidarité, en cachant des familles juives ou des personnes recherchées. Ces gestes, accomplis au péril de leur vie, illustrent une autre forme de résistance, plus discrète mais essentielle.
Au Mans, après des sabotages, la Kommandantur affiche des avis bilingues menaçant la population et valorisant les dénonciations, sous la signature du Feldkommandant Berendes.
Résistant communiste et militant du sport ouvrier, Auguste Delaune meurt sous la torture au Mans en 1943 sans jamais livrer son identité.
L’abbé Jean de Maupeou et Pierre Uberti, résistants au Mans, sont arrêtés en 1943 : l’abbé meurt à Mauthausen, Uberti endure la prison et la répression allemande.
Pierre Renouard, résistant sarthois chef du secteur Le Mans-Est, engagé dans la lutte clandestine contre l’occupant allemand, arrêté par la Gestapo en 1944, puis déporté vers les camps nazis où il trouve la mort.
En 1944, la situation s’intensifie au Mans dans le contexte de la Libération. Les réseaux de résistance atteignent leur pleine activité, mais paient un lourd tribut : plusieurs de leurs membres sont arrêtés, emprisonnés ou déportés par les autorités allemandes. Malgré cette répression, les actions se poursuivent. Des sabotages sont menés, notamment contre les voies de communication, afin de ralentir les déplacements allemands et de faciliter l’arrivée des forces alliées. La ville est également durement touchée par de nombreux bombardements alliés, visant en particulier les infrastructures ferroviaires et stratégiques. Ces attaques provoquent d’importants dégâts matériels et affectent la population civile. À l’été 1944, la progression des troupes alliées permet la libération du Mans. La fin de l’Occupation est marquée par un moment fort : la venue du général de Gaulle, qui prononce un discours aux Jacobins devant une population rassemblée, symbolisant le retour à la liberté.
Alexandre Gross, président de la communauté juive du Mans, voit son château réquisitionné, il est interné en 1944 puis libéré.
Lors du bombardement du 14 mars 1944 au Mans, Gaëtan Guichard, défense passive, meurt en accomplissant son devoir, illustrant le lourd tribut payé par les civils manceaux.
Le 6 juin 1944, le général Dollmann, surpris par le débarquement allié, échoue à riposter. Retrouvé mort le 28 juin au Mans, sa carrière se termine tragiquement.
Au Mans, Kathleen et Paul Marchal, résistants courageux, affrontent la Gestapo. Enceinte, Kathleen échappe à la déportation grâce à Raoul Nordling et survit à six mois d’emprisonnement.
Dans la nuit du 24‑25 juillet 1944, la Résistance et un officier britannique sabotent le central téléphonique du Mans, paralysant l’ennemi sans faire de victimes.
René Froger, jeune Sabolien de 20 ans, rejoint le maquis pour échapper au STO et meurt des suites de ses blessures lors de la Libération du Mans.
Paul Marchal, résistant du Mans, est arrêté par la Gestapo en 1944 et déporté à Buchenwald. Épuisé par les travaux forcés, il meurt pour la France en 1945.
Dans la nuit du 7‑8 août 1944, les Allemands détruisent les ponts du Mans pour ralentir les Alliés, marquant la ville de traces visibles de l’Occupation.
À l’aube d’août 1944, des résistants sauvent le pont Gambetta au Mans, empêchant sa destruction par les Allemands et ouvrant la voie aux troupes alliées.
Le 7 mars 1944, un raid allié frappe Le Mans : gare stratégique et quartiers civils touchés, 31 morts, 45 blessés et 120 immeubles détruits.
Dans la nuit du 13‑14 mars 1944, un raid allié dévaste Le Mans : gare, usines et quartiers civils touchés, causant 48 morts et d’importants dégâts matériels.
Dans la nuit du 13‑14 mars 1944, un Halifax allié est abattu au Mans. Cinq membres de l’équipage périssent, deux survivent mais deviennent prisonniers de guerre.
À la Libération, les cheminots du Mans relancent les voies ferrées dévastées, rétablissant rapidement lignes et ateliers, symbole de courage et de reconstruction après la guerre.
Découvrez le discours historique du général de Gaulle prononcé au Mans : un moment de ferveur et d’unité.
En suivant ce lien, consultez le numéro original du Maine Libre du 24 août 1944 relatant la visite du général de Gaulle au Mans.